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Le Culte Spirituel - Romains 12,1-2 PDF Imprimer Envoyer
Articles - Revues SSS
Écrit par P. Paul MOUGIN, sss - Partager n. 37   

La lettre de Paul aux Romains, réputée pour être difficile, est pour nous aujourd’hui riche d’enseignements. Sujet de division au temps de Luther, elle se présente maintenant comme un terrain des plus fructueux entre protestants et catholiques. Suivant l’expression du Pasteur Boegner, « le texte de nos divisions » entre Églises est devenu le « texte de nos rencontres. »

Il faut sans doute aujourd’hui dire plus : la lettre aux Romains offre aux chrétiens des chemins jusque là inexplorés de relations nouvelles et fraternelles avec le peuple Juif et par lui, peuple élu, aux autres religions et même à l’ensemble de l’humanité. Au sens le plus large du mot, il s’agit d’un texte œcuménique.

Le propos de cet article, dans le cadre de notre revue, est cependant limité, c’est à dire chercher à dégager quelques perspectives utiles à la pastorale à partir du verset suivant sans oublier ses harmoniques eucharistiques : Je vous exhorte, frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel(Rm 12, 1).

Dans l’idée de Paul le « culte spirituel » dépasse le cadre de la célébration liturgique.

 

L’apôtre s’adresse à une communauté

Pour donner à ce passage toute sa signification, il faut éviter de l’isoler de l’ensemble de la lettre de Paul.  L’apôtre s’adresse aux chrétiens de Rome en tant que communauté : En effet, comme nous avons plusieurs membres en un seul corps et que ces membres n’ont pas tous la même fonction, ainsi, à plusieurs, nous sommes un seul corps en Christ, étant tous membres les uns des autres, chacun pour sa part (Rm 12, 4-5).

 Chrétiens, nous ne sommes pas sans lien, séparés comme des électrons libres, mais reliés et tout à la fois libres. L’apôtre s’adresse à ses destinataires au pluriel : Je vous exhorte… à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant…Il s’agit de l’engagement entier de chacun. Cela signifie qu’on se rend disponible, qu’on se met à la disposition de Dieu, à l’exemple du Christ envers son Père. Sa vie toute entière est expression de l’amour du Père. Ses disciples sont comme greffés sur lui et ainsi en lui peuvent avec lui s’offrir en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu. Si Paul s’adresse à ses destinataires au pluriel, c’est parce que l’offrande de chacun passe par le lien commun qui les relie au Christ. Là on peut deviner l’influence de l’Eucharistie dans la vie quotidienne.

Difficile recherche d’unité

Une des premières affirmations de Paul est celle-ci : tous, païens comme juifs, ont péché. Il développe cet aspect dès les premiers chapitres (Rm 1, 18 jusqu’à Rm 3, 20). Tous, juifs ou païens, sont sous l’emprise du péché(Rm 3, 9).

 Mais cela n’est qu’une étape. Son but est de démontrer que nous sommes justifiés non pas par l’observance de la Loi, mais par la foi : Mais maintenant, indépendamment de la loi, la justice de Dieu a été manifestée… C’est la justice de Dieu par la foi en Jésus Christ, pour tous ceux qui croient, car il n’y a pas de différence : tous ont péché, sont privés de la gloire de Dieu, mais sont gratuitement justifiés par sa grâce, en vertu de la délivrance accomplie en Jésus–Christ(Rm 3, 21-24).

Cependant, contrairement à ce qu’on a pu penser, là n’est pas le but dernier, le fil rouge pourrait-on dire, de la lettre aux Romains. Paul se trouve en face de groupes aux situations des plus variées : les païens (le polythéisme par rapport au monothéisme d’Israël) ; les héléno-chrétiens, c'est-à-dire les convertis au Christ qui viennent du paganisme et que l’exégète C. Perrot classe en quatre tendances ; de même les judéo-chrétiens c'est-à-dire les juifs adhérant à l’Évangile répartis aussi en quatre tendances ; enfin les juifs qui ne reconnaissent que la première Alliance (C. Perrot, Cahiers d’Évangile n° 65, p.12). Par comparaison politique, on pourrait dire que cela va de l’extrême gauche à l’extrême droite avec nombre de nuances. Et voilà qu’en tenant compte de la particularité de chacun de ces groupes, et en particulier de celui d’Israël (Rm 9), l’apôtre veut affirmer l’égalité de tous devant Dieu parce que tous pécheurs justifiés en Christ. Cela pourrait s’appeler aujourd’hui de l’œcuménisme. Ce qui fait dire à l’exégète C. Perrot : « La pensée de Paul se meut dans une perpétuelle contrariété » (Idem, p.25)… un peu comme s’il voulait concilier les inconciliables. Voilà qui rend cette épître intéressante et pour nous d’actualité. Le chemin de l’unité inauguré par l’apôtre se poursuit aujourd’hui et fait partie de ce culte spirituel dont parle l’apôtre.

 

L’obéissance de la foi

Le contraire du culte spirituel, c’est l’idolâtrie. Ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, adoré et servi la créature au lieu du Créateur… (Rm 1, 24).

 Paul ressent l’urgence d’annoncer l’évangile: Par lui (le Christ) nous avons reçu la grâce d’être apôtre pour conduire à l’obéissance de la foi, à la gloire de son nom, tous les peuples païens, dont vous êtes vous aussi que Jésus Christ a appelés (Rm 1, 5).

 Il est essentiel de noter au sujet de la foi cette notion d’appel. Quelqu’un faisait remarquer que ce qui est commun à tous les chrétiens, de quelque confession qu’il soit, ce n’est pas tel ou tel dogme ou telle ou telle vertu, mais le fait que tous sont « appelés ». La foi est réponse à un appel de Dieu. Ce que Paul nomme de cette belle expression : l’obéissance de la foi. Par deux fois il la réemploie : J’ai donc lieu de m’enorgueillir en Jésus-Christ, au sujet de l’œuvre de Dieu. Car je n’oserais rien mentionner, sinon ce que Christ a fait par moi pour conduire les païens à l’obéissance, par la parole et par l’action, par la puissance des signes et des prodiges, par la puissance de l’Esprit(Rm 15, 17-19a).

Et c’est à la fin de la lettre qu’on retrouve la même expression : À celui qui a le pouvoir de vous affermir selon l’Évangile que j’annonce en prêchant Jésus Christ, selon la révélation d’un mystère gardé dans le silence durant des temps éternels, mais manifesté et porté à la connaissance de tous les peuples païens par des écrits prophétiques, selon l’ordre du Dieu éternel, pour les conduire à l’obéissance de la foi, à Dieu, seul sage, gloire, par Jésus Christ, aux siècles des siècles ! Amen  (Rm 16, 25-27).

Cette obéissance de la foi non seulement consiste en une adhésion libre mais rend libre : Vous, frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés » (Ga 5, 13). Sous une autre forme la même affirmation peut être repérée en notre lettre : « Avant la venue de la foi, nous étions gardés en captivité sous la loi, en vue de la foi qui devait être révélée. Ainsi donc, la loi a été notre surveillant, en attendant le Christ, afin que nous soyons justifiés par la foi. Mais après la venue de la foi, nous ne sommes plus soumis à ce surveillant. Car tous, vous êtes, par la foi, fils de Dieu. (Rm 4, 23 2).

Alors que sous l’impulsion de la Conférence des évêques de France, on met en œuvre dans les diocèses le « projet global de catéchèse », c’est à dire une catéchèse qui veut s’adresser d’une façon adaptée à tous les âges, il paraît opportun de rappeler cette option fondamentale que l’apôtre Paul nomme « l’obéissance de la foi. » On peut aussi mentionner le document épiscopal de 2003 « Aller au cœur de la foi », sous-titré « Questions d’avenir pour la catéchèse »,qui est tout entier inspiré de la veillée pascale laquelle atteint son sommet au moment de l’Eucharistie.

 

L’obéissance de la foi en ne faisant pas le « fier »

Dans les premières communautés comme celle de Rome à laquelle s’adresse Paul, les rivalités entre les personnes ne manquaient pas. Il serait téméraire de prétendre qu’aujourd’hui chez nous il n’en est pas ainsi. Écoutons donc les recommandations de la lettre aux Romains. Alors qu’il vient d’exhorter ceux-ci à s’offrir  en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel, l’apôtre poursuit : Au nom de la grâce qui m’a été donnée, je dis à chacun d’entre vous : n’ayez pas de prétention au-delà de ce qui est raisonnable, soyez assez raisonnables pour n’être pas prétentieux…(Rm 12, 3)

Et un peu plus loin on peut lire : Soyez bien d’accord entre vous : n’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. Ne vous prenez pas pour des prétentieux (ou sages, suivant traduction)[Pr.3, 7] (Rm 12, 16).  De peur que vous vous preniez pour des prétentieux, lit-on encore en 11, 25.

L’apôtre sait de quoi il parle. Toute la première partie de sa lettre a consisté à montrer que les Juifs (donc les judéo-chrétiens) n’ont pas à se surestimer par rapport aux Nations (héléno-chrétiens) (Rm 1, 18-4, 25). Mais ces derniers n’ont pas plus à faire les fiers (Rm 9-12) par rapport à Israël : Ne va pas faire le fier aux dépens des branches. Tu peux bien faire le fier ! Ce n’est pas toi qui portes la racine, mais c’est la racine qui te porte (Rm 11, 18) (La racine étant Israël).

Enfin est à noter ce long passage au sujet des forts et des faibles (Rm 14). Paul demande que personne ne soit offensé ou scandalisé par les manières de faire de ceux qui se prétendent forts et éclairés et méprisent des prescriptions leur paraissant dépassées ; c’était au sujet des viandes permises ou défendues. Pour nous aujourd’hui, question liturgie ou expressions de piété par exemple, la transposition devrait être facile à faire.

Dans nos communautés chrétiennes mais aussi sans doute entre différentes religions, si les rivalités de pouvoir et de supériorité étaient aplanies, ne serait-il pas plus aisé de trouver les terrains d’entente et de dialogue ? Notre Pape actuel Benoît XVI, par exemple par son « motu proprio » (au sujet de la dissension intégriste), mais aussi en d’autres circonstances, paraît être en ces dispositions d’humilité et d’écoute qui devraient permettre des rapprochements. C’est à chacun de nous dans nos communautés où nous vivons, humaines ou ecclésiales, à faire attention à l’esprit qui nous anime dans nos rapports mutuels. 

 

Dans l’amour (Agapè) et la recherche de la vie bonne

Nous en arrivons à la source sans laquelle le reste serait vain. Le mot amour (« Agapè ») revient plusieurs fois à partir du chapitre 12.» Pour Paul qui centre tout sur la Personne du Christ, lequel rend juste aussi bien les païens que les juifs, la référence à l’amour ne peut se trouver qu’en ce même Christ : Que chacun de nous cherche à plaire à son prochain en vue du bien, pour édifier. Le Christ en effet n’a pas recherché ce qui lui plaisait mais, comme il est écrit, les insultes de tes insulteurs sont tombés sur moi[Ps 69, 10] (Rm 15, 2).

C’est en cette lettre que l’on trouve l’affirmation qui peut toujours étonner : N’ayez de dette envers personne, sinon celle de l’amour mutuel, car celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi. Car les commandements se résument en cette parole [Lv 19,18] : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. La charité est donc la loi dans sa plénitude (Rm 13, 8-10).

Loin de faire oublier cet essentiel qu’est l’amour du prochain, les rites liturgiques et principalement l’Eucharistie par nature devraient y conduire. N’est-ce pas, entre autre, ce que Paul appelle le culte spirituel ?

Il avait proclamé auparavant : Qui nous séparera de l’amour (agapè) du Christ ? (Rm 8, 3). Et au sujet des forts et des faibles  : Si en prenant telle nourriture, tu attristes ton frère, tu ne marches plus selon l’amour (agapè) (Rm 14, 15).

Le fruit direct de l’amour, c’est le bien ou ce qu’on peut appeler la vie bonne : Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait.Et encore : Que l’amour (agapè) soit sincère. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien (Rm 12,9)  …  ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien (Rm 12, 21).

 

Conclusion

Il serait possible, évidemment, de poursuivre l’investigation. N’oublions pas de remarquer la place essentielle de l’Esprit dans la lettre aux Romains, et donc dans notre vie de chrétien. C’est l’objet en particulier du chapitre 8 : Car si vous vivez de façon charnelle, vous mourrez ; mais si, par l’Esprit, vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez. En effet, ceux-là sont fils de Dieu qui sont conduits par l’Esprit de Dieu : vous n’avez pas reçu un esprit qui vous rende esclaves et vous ramène à la peur, mais un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs et par lequel nous crions : Abba, Père(Rm 8, 13-15).

C’est en fin de lettre que l’apôtre revient sur le sens de ce culte spirituel du verset en Rm 12, 1 en y ajoutant le rôle de l’Esprit : Je vous ai écrit par endroit avec une certaine hardiesse, en vertu de la grâce que Dieu m’a donné d’être un officiant de Jésus Christ auprès des païens, consacré au ministère de l’Évangile de Dieu, afin que les païens deviennent une offrande qui, sanctifiés par l’Esprit Saint, soit agréable à Dieu(Rm 15, 16).

Finalement le culte spirituel rendu à Dieu, selon l’apôtre, est le propre aussi bien de ceux qui comme lui annoncent directement l’évangile que de ceux menant une vie bonne dans l’amour de Dieu et du prochain. Que le Dieu de paix soit avec vous tous(Rm 15,33)

Comme l’écrit encore C. Perrot : « Ce message de paix constitue véritablement le cœur de l’Épître aux Romains » (Idem,p.58). Constitution du Corps du Christ, unité, obéissance de la foi, modestie par rapport aux frères, amour : il est facile d’y discerner des fruits de l’Eucharistie.

 

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